escale à Paris (France)

Quand elle ne sait pas où vous prendre, c’est sur les marches de l’Opéra que vous la retrouvez : difficile de la rater ! Pensez : une 2CV dans son jus !
D’abord, on l’entend, puis elle apparaît, de l’autre côté de la place …

On repère tout de suite sa ligne galbée et sa démarche chaloupée, le feulement caractéristique de son moteur et les à-coups de son accélérateur, précédés, à chaque fois, d’un court silence, un peu comme si elle retenait sa respiration pour prendre son élan, avant de passer la troisième.
Elle se faufile entre les voitures et les camions.
On mesure vite sa popularité : les policiers et les chauffeurs de taxi la laissent passer, les touristes et les Parisiens s’arrêtent pour la regarder.
Ils se retournent et ils s’approchent, émus, quand elle se range le long du trottoir, éclipsant la beauté de la façade édifiée par Charles Garnier.
Elle est la plus mythique des voitures mythiques.
On a tous une 2CV en mémoire, un voyage, une rencontre, une anecdote : chacun d’entre nous, une fois dans sa vie, s’est forcément assis dans une 2CV, au volant, sur la banquette arrière ou à côté du chauffeur. Les papas et les papys voient soudain s’afficher un pan entier de leur existence, un copain, une copine, un souvenir de vacances au soleil, de camping dans les vignes sur les hauteurs de la Provence. On connaît tous une histoire dans laquelle une 2CV tient la vedette : moi, par exemple, quand j’étais petit, on descendait dans le Sud en 2CV, il nous fallait une semaine …

Le feu au lac
Bref, rangeons nos mouchoirs : elle est là pour nous faire visiter Paris, la 2 CV ! dans la joie, la bonne humeur et le confort relatif de ses amortisseurs !
Le chauffeur-guide avec casquette ou béret connaît bien son affaire : il raconte déjà la légende du lac qui existe peut-être, sûrement, sous l’Opéra, pendant que vous vous escrimez à boucler votre ceinture.
Ce n’est pas un lac, en fait, mais un réservoir, une cuve gigantesque, voûtée, qui recueille la pluie de tout le quartier : jadis, cette eau était destinée aux pompiers. On se bat toujours avec la ceinture, en remerciant l’inventeur des enrouleurs. Les techniciens le surveillent en barque, ils nourrissent des carpes, grosses comme des crocodiles, qui s’ébattent sous la scène : Paris réserve de ces surprises ! Revenons à notre 2CV : elle peut emmener trois personnes, une devant et deux derrière, la société « 4 roues sous un parapluie » en possède une vingtaine, les chauffeurs, tous bilingues, voire trilingues, guident et conduisent selon leurs disponibilités : c’est un boulot d’appoint.
Le mien, Julien, sculpteur, prof d’art plastique, deuchiste convaincu et lecteur assidu de Gazoline, est intarissable : je suis désormais incollable sur Haussmann, sur ses balcons, et sur les arènes de Lutèce ! Il raconte l’Histoire, mais aussi tout plein d’anecdotes sur les rues et sur les monuments, sur la place Vendôme, par exemple, qui a longtemps été une place factice, entourée seulement de façades, sans rien derrière. Elle ne servait qu’à accueillir la statue du Roi, qui a été remplacée, en son centre, par la Colonne, fondue avec les canons volés à Austerlitz. Qui sait par exemple que le mètre-étalon de la Convention est toujours fiché dans la façade du Ministère de la Justice ? Il connaît tout de la rue Saint-Honoré et des quatre tours de la Conciergerie, de Saint-Germain l’Auxerrois et de Saint-Germain des Prés, édifié jadis au milieu des prés.

Elle connaît pas la crise
L’idée de créer ces visites guidées, Florent, le boss, l’a eue à Berlin : pour y faire une partie de ses études, il y va en 2CV, sa voiture de l’époque. Il se rend compte qu’elle est mondialement connue, la 2 CV, et qu’elle trimbale un terrible capital de sympathie ! Rares sont les autos qui ont atteint son niveau de notoriété, la Cox, peut-être, la Fiat 500 et la Trabant, pour des raisons différentes.
De retour en France, il lance sa petite entreprise : depuis quatre ans, les touristes apprécient ce trio, Paris, la 2CV et le guide-chauffeur, à qui il ne manque que la baguette, le saucisson et le calendos. Julien précise que c’est possible : on peut aller chercher les clients à leur hôtel, les emmener en pique-nique dans les jardins du Luxembourg, ou aux pieds de la Tour Eiffel. On peut même les accompagner faire du shopping ! en plus des parcours plus ou moins organisés, on s’adapte, c’est à la carte.
Le public est hétéroclite : des étrangers, des provinciaux, des passionnés d’auto qui logent au Formule 1 ou au Crillon …
Julien a ouvert la capote, mais on se surprend à espérer qu’il pleuve, pour contempler le ballet des essuies-glace, de leur unique vitesse.
Il répond inlassablement aux questions : pourquoi le Quartier Latin s’appelle Latin, pourquoi le Palais-Bourbon s’appelle Bourbon, que fait dans ce pignon ce boulet de canon ? Ma 2CV 6 commence à sentir : une odeur d’huile chaude, typique de la 2CV, se répand dans l’habitacle. Elle embaume et elle chante, depuis le départ, de ce chant mélodieux, aigu, rocailleux, qui donne à la 2CV sa personnalité et qui me berçait quand j’étais gamin.
Vous vous sentez seul, abandonné, quand elle finit par vous déposer, la balade terminée. Elle s’en va, reprendre sa place dans le trafic, vous la regardez s’éloigner, bouleversé : ce sera une histoire de plus à raconter, une histoire dans laquelle une 2CV tiendra la vedette, une 2CV et Paris, aussi éternelles l’une que l’autre …

Carnet d’adresses
4 roues sous 1 parapluie, Paris, 0 800 800 631 (n° vert)

Mes meilleures adresses gourmandes dans la capitale
Profitons de cette balade pour découvrir quelques bonnes tables !

Dans les Landes, mais à Paris …, un fabuleux basco-landais aux Gobelins où l’on savoure de volumineux tapas, du boeuf et des Coteaux de Chalosse : on est dans mes chères Landes à moi, mais à Paris !
119 bis, rue Monge (75005), 01 45 87 06 00 (métro Censier-Daubenton), fermé dimanche et lundi

Chez Denise (à La Tour de Monthléry), le dernier resto-bistrot des Halles d’antan, avec terrines du Chef, rognons, cervelles, plats mijotés, ris de veau et, en dessert, incontournable, le célébrissime Baba au rhum
5 rue des Prouvaires (75001), 01 42 36 21 82 (métro Châtelet, RER Les Halles), fermé le week-end, réservation indispensable

La Ferrandaise, le meilleur rapport qualité/prix du quartier cuisine à merveille la viande de l’exceptionnelle et attachante vache ferrandaise (qui fait la renommée d’une carte intéressante et savoureuse)
8, rue de Vaugirard (75006), 01 43 26 36 36 (métro Luxembourg ou Odéon)

L’AOC, la meilleure viande de Paris (parole de carnivore),
14, rue des Fossés St Bernard, en face de l’Institut du Monde Arabe (75005), 01 43 54 22 52
(fermé dimanche et lundi)

L’Hermès, un vrai resto parisien de plats de notre terroir
23, rue Mélingue (75019), 01 42 39 94 70

La Reine Zénobie, le meilleur resto syrien de Paris (la cuisine syrienne ressemble à la cuisine libanaise, elle est plus raffinée)
234, rue Championnet (75018, limite XVIIIe), 01 42 28 96 31 (métro Guy Môquet)

Le J’go, le meilleur restaurant gascon, avec du porc Noir de Bigorre à la carte !
4, rue Drouot (75009), 01 40 22 09 09, rue Clément (75006), 01 43 26 19 02

Les meilleurs couscous de Paris

Oum el Banine, 16 bis rue Dufrenoy (75016), 01 45 04 91 22 (métro Rue de la Pompe)

Mansouria, le restaurant de Fatema Hal,
11 rue Faidherbe (75011), 01 43 71 00 16 (métro Faidherbe Chaligny)

El Mansour, 7 rue de la Trémoille (75008), 01 47 23 88 18

L’olive salée, 130 rue Saint Maur (75011), 01 43 38 66 62
il semblerait que ce resto n’existe plus

Chez Cahoua, 11 rue de Chaligny (75012), 01 43 07 00 92
il semblerait que ce resto n’existe plus (décidément)

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