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escale sur la Côte belge

Les bières de la Côte (belge)
à lire dans le numéro 36 de janvier 2011, consacré à la bière,
de la Fureur des Vivres
le mensuel quotidien de l’alimentation et de la cuisine en ligne …

Sur la digue de Wenduine

Au rez-de-chaussée de la défunte Résidence Pauwels, je déguste une pression pour accompagner mes croquettes aux crevettes à la terrasse de La Marée, sur la digue de Wenduine.
J’ai garé mon cuistax (1) en double file, je suis heureux : toute la ville m’a reconnu.
La Mer du Nord vient affectueusement s’écarteler à mes pieds.
Les lapins, les hamsters et les pigeons du missisouris (2) m’ont fait la fête, je suis de retour dans le plat pays qui est le mien, mijn vlakke land.

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© Alen Méaulle

J’ai fait le trajet à pieds depuis Blankenberge, une trotte de quatre bornes qui met en appétit, surtout quand souffle le vent d’ouest : on peut, sur la Côte belge, remonter les larges plages d’une ville à l’autre, de la frontière française à la frontière hollandaise, de La Panne à Knokke-le-Zoute, à peine embêté par deux ou trois ports, quelques stations balnéaires souvent lilliputiennes, parfois d’un autre âge, séparées de la mer par une digue.

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© Alen Méaulle

Je prends des forces et je continue sur Le Coq, De Haan en flamand, un village qui n’a pas bougé d’un poil depuis les années trente, pendant qu’ailleurs (éviter soigneusement ou traverser rapidement) la Côte se bétonnait.

Je prendrais tout à l’heure le tram (3) qui me ramènera à Ostende en longeant les vagues de dune qui ne sont là que pour arrêter les vagues, avec de vagues rochers que les marées dépassent.
Avec mon cuistax, j’ai fait le tour de Wenduine, des slaloms sur la place de l’hôtel de ville où les fanfares défilent en été, où les géants remisés attendent, contraints et forcés, le mois de juillet pour défiler et se faire acclamer, j’ai mis dans mes poches des cuberdons et des bâtons d’Ostende, dans ma besace des miches au chester, j’ai pris une à une toutes les rues où je remorquais mon grand-père quand j’avais quatre ans.

Ils ont démoli la résidence Pauwels pour construire à la place un immeuble tout moche, assassinant au passage la meilleure friture du Monde, installée dans une cave : il fallait se pencher par un grand soupirail pour remonter le cornet dégoulinant de mayonnaise et de frites dorées au blanc de bœuf (4).
Par contre, la Poissonnerie Pauline est toujours là, c’est la meilleure de tout le Littoral pour les filets de sole, le poisson fumé et les tomates aux crevettes (elle a disparu depuis).
Je loge à Ostende, la plus grande ville de la Côte, une des plus sympa, mais demain, je déménage pour Wenduine.

Il faut arpenter le port d’Ostende et le marché aux poissons dès six heures du matin et jusqu’à la nuit tombante, manger pour se réchauffer des willocks (gros escargots cuits dans différentes sauces), et des gaufres de Liège.

Il faut boire une bière à une terrasse de la Wappenplein devant le kiosque à musique, où se tient le marché trois fois par semaine (ne pas rater celui, tentaculaire, du jeudi), se balader dans les rues piétonnes, faire le tour de la ville en calèche, emmitouflé dans une couverture.

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apéro belge avec l’une des meilleures bières du Monde,
la Westvleteren, encore brassée par des moines
on ne peut la boire que là-bas, en face de l’Abbaye …
Alen Méaulle)

J’ai choisi pour dormir un des deux hôtels Tulip Inn idéalement situés, le Bero, à deux pas de la mer, du port et du centre ville (et quand je dis deux pas, c’est deux pas : en plus, un sauna permet de se remettre le soir de tous les pas du jour), parce qu’au petit déjeuner, il y a du potjevlees, sorte d’amas de viande en gelée, qui se déguste aussi à Vleteren (sur la N8 entre Feurnes et Ypres), avec une bonne bière d’Abbaye (il ne reste plus qu’un seul Tulip Inn à Ostende).

Il y a quelques bonnes tables à Ostende, l’Office de Tourisme distribue un Guide assez bien fait mais pas exhaustif, et propose des week-ends gastronomiques. On parlait de bonnes tables, je vous en recommande deux parmi d’autres. L’ambassade autoproclamée de la croquette aux crevettes, la Taverne James dans la Galerie James Ensor (le peintre local), est toujours fidèle à sa réputation : on vous sert dans un cadre de brocanteur la véritable croquette aux crevettes, roulée à la main dans la chapelure (seulement trois tours !), et dorée à l’huile de friture.
Comme son nom l’indique, la croquette aux crevettes est une croquette avec dedans des crevettes, forcément d’Ostende, des petites grises au goût si particulier, obligatoirement décortiquées à la main, mélangées à une espèce de légère béchamel constituée d’un bouillon de carcasses de crevettes que l’on fait réduire avant d’ajouter crème, beurre, sel et poivre.
Dans la série top de top, le restaurant Lucullus, qui fait partie de l’Hôtel Marion, comme l’exceptionnel Café Botteltje (petite bouteille), aux deux cents bières, idéal pour finir la soirée.
Chez Lucullus, il y a un menu merveilleux (servi pour au moins deux personnes) à la bière, de l’entrée au dessert. Ames sensibles, attention : le homard mijoté à la bière (une Choulette des Ardennes) est un monument, mais le chef est un sadique.
Vous passez votre commande tranquillement puis il s’amène, tout guilleret, il sort sous votre nez de l’aquarium un pauvre homard épouvanté et vous le présente sur une assiette.
Le mien me regardait avec ses petits yeux suppliants qui larmoyaient tandis que les deux autres, toujours à l’eau, soulagés, s’épongeaient le front.
Rassurez-vous, au retour, il est méconnaissable. Mais qu’est-ce qu’il est bon !
Sachez aussi que dans n’importe quelle friture, on mange des frites et une viande (boulettes, fricadelles, brochettes …) pour quasiment rien …
Un guide très bien, complet et anecdotique, joliment illustré, vous donnera plein d’idées de balades ou de découvertes, avec en prime des tas d’explications avec vingt pages de bonnes adresses : Côte Belge, édité par la Renaissance du Livre (il n’existe plus … de l’intérêt de mettre à jour ses infos !).

Je voudrais tant que vous veniez, que vous remontiez en quelque sorte le courant, de bas en haut plutôt que plein sud, que vous veniez voir comme ici la vie est douce et les traditions tenaces, c’est la thalasso la moins chère du monde, les soins ne sont pas nécessaires, juste marcher, manger des frites avec de la mayonnaise (parfait pour le régime), se laisser aller, se laisser bercer, traîner …
Rien de plus simple pour y aller, il y a six Thalys directs par semaine au départ de Paris (deux heures et demi de voyage), et de nombreuses correspondances à Bruxelles et à Lille, facilement accessibles.
Un jour, quand je serais vieux, j’en fais le serment solennel sur la tête de toutes les bestioles du mississouris et sur les fiers brises lames de Wenduine, je passerais mes heures claires sur le port d’Ostende. Bonnes babeluttes !

(1) sorte de kart à pédales pour enfants ou pour adultes, de une à douze places, qui se loue à la demi-heure, à l’heure ou à la demi-journée pour quelques euros
(2) tout petit zoo minuscule, de son vrai nom Parc Léopold (entrée gratuite), il y a aussi des chèvres, des poules et des canards qui glandent au pied du moulin, avec des cachons d’Inde
(3) la meilleure solution pour se déplacer : il lui faut trois heures pour faire les soixante-dix kilomètres de terminus à terminus, il y a en tout soixante-dix arrêts de frontière à frontière, le tram (appelé de Lijn, la ligne) longe la Côte (il existe un billet à la journée ou pour trois jours ainsi qu’une carte familiale qui s’achètent sur place)
(4) on ne fait les frites avec de l’huile ou de la graisse, mais avec du blanc de bœuf, qui garantit la frite moelleuse, on en trouve (parfois) en France à côté de la Végétaline

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le fameux tram de la Côte qui relie (presque) la frontière française à (presque) celle des Pays-Bas, en longeant la mer du Nord et en traversant toutes les stations balnéaires …

La Côte belge : le retour !

De la Côte belge, je vous ai déjà dit grand bien, je ne retire rien.
J’y suis retourné, j’y retourne même chaque année, je suis sous le charme, c’est ma Jordanie du Nord : voici quelques adresses pour vous donner envie de m’y rejoindre.
C’est beau, à la fois loin et tout à côté, sympa et plutôt pas cher, on y mange bien, avec ou sans faim, on y boit bien, on s’y balade sans fin, à pied, à cheval, ou en ancienne, le long de la Côte, en tram …

Quatorze stations balnéaires se partagent les 69 kilomètres du Littoral, chacune a sa personnalité et ses habitués. Ma préférée, c’est Wenduine, je craque aussi pour Le Coq (De Haan, en néerlandais), La Panne, la plus populaire, ou Ostende, la mégapole du coin. On peut traverser le pays en tram, de la frontière française à la frontière hollandaise : il n’y a que septante arrêts, il met pas loin de 3 heures pour faire, à 30 km/heure en moyenne, les 68 kilomètres de terminus à terminus (il existe un billet à la journée ou pour 3 jours ainsi qu’une très économique carte familiale). Il longe la Mer, ce tram qui a des pare-chocs en caoutchouc pour éviter les accidents, il traverse, tel un Cupidon électrique qui aurait sniffé un rail, le cœur des stations balnéaires : c’est parfait pour revenir du resto (nuit et jour, il bosse, le tram de la Côte), pour rentrer de rando, pour s’adonner aux plaisirs du touriste de base (pléonasme), style, aquarium, musée, shopping …

On peut aussi, sur la plage, marcher, marcher et encore marcher, tout juste dérangé par le chenal de Blankenberge, qui se traverse en bac, les ports de Nieuwpoort, d’Ostende et de Zeebrugge, que l’on contourne en tram.

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les brises-lames sont le domaine des enfants, des pêcheurs, des crabes et des mouettes (© Alen Méaulle)

On profite des digues animées qui surgissent au milieu des dunes sauvages et des plages immenses (elle fait jusqu’à 350 mètres de large, la plage : c’est pas une plage de Mickey, c’est une plage belge, une vraie de vraie, immense, aérée, fouettée par les embruns, habitée par les crabes), pour se requinquer d’un cornet de frites (recouvertes de mayonnaise), d’une bière servie en terrasse avec des petits dés de fromage aromatisés au sel de céleri, d’une gaufre de Liège chaude et caramélisée …
Vous imaginez ? une balade de septante kilomètres (ou de beaucoup moins, pas de panique), sur une plage quasi-déserte entrecoupée de haltes gourmandes ? c’est pas le bonheur, ça, c’est pas le bonheur ?

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coutume belge : les enfants vendent des fleurs en papier crépon et utilisent des coquillages comme monnaie (© Alen Méaulle)

La ville de La Panne a classé ses dunes en réserve naturelle : c’est le Westhoek, qui se visite.
N’hésitez pas, pour découvrir la faune et la flore, qui sont d’une richesse incroyable, à prendre un guide (demandez de ma part Jacky Launoy).
Je vous propose de loger dans une chambre d’hôtes exceptionnelle : à Certi Momenti ou à Stella Maris, pour l’accueil enthousiaste et la déco, pour la situation idéale, proche du tram, de la plage et du centre-ville, pour le calme et la chaleur des lieux, à De Kastanjeboom, pour l’originalité.
Ces deux-là sont dans l’arrière-pays, l’auto est indispensable.
Il faut manger, le soir, à De Kastanjeboom : la table d’hôtes est réputée, les légumes sont du jardin, les poissons aromatisés aux fleurs, l’apéro et le digestif sont des décoctions de la maison …
Les chambres, spacieuses et confortables, entourent le jardin intérieur de cette vieille ferme flamande, entièrement restaurée, aux murs blanchis à la chaux.

J’ai aussi repéré et essayé des hôtels (ci-dessous) : le Parc et l’Ambassador sont fonctionnels, le Bellevue, gentiment (très) démodé, la Noble Rose sympa et basic, avec ses chambres tout riquiqui (mais un petit-déjeuner bien belge, avec des miches croustillantes).

Sur la Côte, je craque aussi pour les traditions gourmandes : mieux manger serait pêcher.
Les spécialités ? La mer, bien sûr : les crevettes grises d’Ostende (on les déguste en croquettes, c’est fabuleux, crues pour l’apéro, en salade ou en farce de tomate, c’est plus rafraîchissant), les moules (avec des frites ! avec des frites !), les soles et leurs filets, grillés, au curry, au beurre, le homard, mais aussi la charcuterie (ne quittez pas la Côte sans découvrir le potjesvlees), la confiserie (cuberdons, sucres d’orge et chocolats), et les frites, bien sûr, les incontournables frites, que l’on déguste dans leur cornet en se promenant …

La Côte belge est aussi attachante que dépaysante : en quelques heures, vous y êtes, via Amiens et Calais, ou via Lille, direction Brugge, vous pouvez aussi y aller en Thalys, vous utiliserez, sur place, mon ami le tram. Moi, je serais vous … Vous savez ce qu’il vous reste à faire ! bonnes frites, bonnes moules, bonnes croquettes aux crevettes et bonnes routes !

Carnet d’adresses
chambres d’hôtes De Kastanjeboom, 051/55.59.17, Schore Middelkerke
B&B Certi Momenti, 058/51 89 05, Saint Idesbald (Coxyde), à côté de La Panne
B&B Stella Maris, 059/23.56.69, De Haan (Le Coq),
Hôtel*** du Parc, à Ostende, 059/70.16.80 (télécopie, 059/80.08.79)
Grand Hôtel*** Bellevue, à De Haan (Le Coq), 059/23.75.22
Hôtel*** Ambassador, à La Panne, 058/41.16.12
La Noble Rose**, à 8434 Westende, 059/30.01.27

Mon coup de coeur
Hôtel Georges, Wenduine, 050/41.90.17

Mon conseil
Louez un appartement sur la digue, à Wenduine, bien sûr !

Mes bonnes tables
Bistrot d’Oude Stove, en face de la piscine de La Panne, 058/42.01.05
(un coup de cœur !)
In de Peerdevisscher, Oostduinkerke, face au Musée National de la Pêche
058/51.24.68
(le plus flamand des bistrots flamands, réservez la veille le menu traditionnel)
d’autres à venir …

Les meilleures fritures
bientôt en ligne

itinéraire gourmand sur la côte belge de pierre-brice lebrun et alen méaulle.gif

j’ai publié, avec Alen Méaulle, un guide touristique sur la Côte belge, qui conseille quelques centaines d’adresses …

retrouvez-nous aussi pour ViaMichelin
sur la Côte belge (diaporama légendé)
et à Bruges, la toute proche Sérénissime du Nord

restez à Bruges avec les romans policiers de Pieter Aspe
et les enquêtes brugeoises de son Commissaire Van In

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retrouvez-nous aussi, Alen et moi,
dans Voyageur, un esprit d’ailleurs
de juin 2009 (numéro 10) avec six pages sur la Côte,
et un carnet d’adresses complet …
escale sur la Côte belge dans trucs & ficelles pdf 108113belge.pdf

Maisons de vacances Interhome
réservez de ma part une maison, un appartement en ligne, sur la Côte belge, en France ou ailleurs …
vous avez l’embarras du choix !

2 Réponses à “escale sur la Côte belge”

  1. Citrine dit :

    Les effluves des frites dorées, les réminiscences des moments de cette enfance si loin déjà me reviennent au fur et à mesure que j’arpente de haut en bas cette page… Elle se déploie comme une mer de souvenirs que j’avais engloutis loin au fond de moi pour ne plus me rappeler de ces bonheurs qui me font mal tant je ne les ai jamais revus depuis. Je vais venir, ce sera émouvant, dur, ce sera du bonheur, ce sera sans doute une grande gifle, que de me dire que j’aurais du venir plus tôt. Les miens sont partis avec eux, c’est une part de moi qui s’en enfouie loin sous terre, et ce pays de mer, c’est un peu mon pays, pour ce qui s’y est accroché dans ma mémoire. J’ai lu ici et là que l’on ne trouvait plus de frites belges, les vraies ? Est ce vrai? J’ai lu aussi que les restaurants sur la place de Bruges étaient des attrapes touristes. Je veux du vrai, je veux toucher à une réalité, certes celle d’hier, j’espère de tout cœur qu’elle existe encore ici et là. Où aller ? Je n’ai que trois jours? Où regarder ces gens que j’aime sans les connaître car ils sont de cette part de moi que j’aurais voulu ne jamais voir se fondre dans un passé révolu? Où trouver ces voitures à pédales pour emmener les miens à la rencontre de ce qui fit mon enfance? La panne ? Zeebrugge ? Knock ? Merci de votre superbe blog. Une indépendante de la lettre qui en salue un autre.

  2. maurice lois dit :

    c’est magnifique, j’aime beaucoup votre blog.

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