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escale aux Puces de Paris-Saint-Ouen

Le samedi, le dimanche et le lundi, le plus grand Marché aux Puces du Monde s’étend aux portes de Paris : onze kilomètres de vitrines disséminés sur sept hectares le long des rues des Rosiers et Jules Vallès, à Saint-Ouen, quatorze Marchés indépendants, animés par 2500 marchands, accueillent chaque week-end près de 200.000 visiteurs, soit plus que la Tour Eiffel !

Il est six heure, les Puces de Paris Saint-Ouen s’éveillent.
Elles sont encore réservées aux initiés, ceux qui savent contourner les barrières et les volets baissés.
Les marchands déballent pour les marchands, des chariots se vident, d’autres se remplissent.
Les vendeurs à la sauvette squattent déjà les trottoirs de la rue Jean-Henri Fabre, qui, de la porte de Clignancourt à la porte Montmartre, longe le périphérique.
Ils étalent leur marchandise neuve, disques, sacs, tee-shirt et blousons.
C’est la rue la plus touristique, la plus connue, mais aussi la moins authentique, pourtant, de nombreux touristes semblent s’en contenter.

Les premiers antiquaires ouvrent leur boutique rue Lécuyer.
Les deux mondes s’ignorent complètement.
Au comptoir de Jeanne et d’Antoine, rue du plaisir, les habitués se requinquent au café calva. Sept heures. Chez Mazeaud, récupération fers et métaux, les camions déversent leur cargaison, prestement pesée, dans un assourdissant bruit de ferraille. Des radiateurs en fonte, des balustrades, des grilles de balcon et des lucarnes en zinc vont être dépiautés, compressés et recyclés. Il faut monter la garde pour négocier, sitôt son arrivée, un vieux réverbère, une colonne Morris ou une fontaine Wallace, devenus rarissimes.

Juste en face, le Marché Lécuyer Vallès commence à s’animer.
On l’appelle aussi Le Passage, parce qu’il traverse le pâté de maisons d’une rue à l’autre.
En chinant dans le fatras des boutiques, entre les dauphins qui bondissent, les vasques de pierre moussue et les ours de la Forêt-Noire reconvertis en tabourets, on trouve des angelots potelés, sculptés, dorés et souriants, avec, parfois, tout au fond, dissimulés, des meubles marquetés ou d’élégantes commodes galbées.
Le mur qui sert d’enseigne monumentale au Marché Jules Vallès a été fraîchement repeint, en hommage à Frédéric. Il était le premier porteur des Puces à posséder son chariot : comme jadis les forts des Halles, ils sont plusieurs à se louer aux marchands pour transporter, à travers la foule, meubles et colis.
Frédéric est décédé le 14 juin 2003.
Ses amis se sont cotisés pour marquer Les Puces de son effigie souriante.

Sept heures et demie, les premiers néons s’allument, dans une odeur de croissant chaud.
Alain Maignan la Forge (stand 13) remonte les mécanismes et les pendules de sa Grosse Horloge.
Au Voltaire, on s’encourage au café ou au Chardonnay, en réservant sa table pour le déjeuner.
La Ville de Paris fait donner en vitesse un dernier coup de balai.
Les Marchés Paul Bert et Serpette, intimement liés, sont toujours déserts.
Ils enlacent leurs allées en face du Paul Bert, un des rares restos à avoir conservé la malice un peu canaille des Puces. Les marchands ne s’y trompent pas, qui viennent un boire un coup ou y négocier leurs plus belles pièces avec les clients intéressés.

Huit heures, l’ouverture de certains Marchés. Quelques brocs ensommeillés se dévouent pour ne pas être les derniers. Le sombre Serpette, installé sur les ruines de la première concession Citroën de France, snobe un peu le populaire Paul Bert, qui compte 220 stands répartis sur sept allées. Plutôt tendance, limite fashion, tourné vers la décoration, on y trouve à coup sûr l’objet rare, insolite, farfelu ou monumental qui décorera le salon, un bar en zinc chez Déco Bistrot, une horloge imposante chez Marc Maison, des antiquités de jardin, tout pour le vin et la cuisine chez Bachelier. Serpette, c’est 130 exposants de grande qualité, le marché le plus florissant, grâce à l’export. Des marchands ultra spécialisés, très hauts de gamme, qui ne proposent que des objets de qualité, souvent à des prix très élevés, justifiés par leur rareté ou leur qualité.

Neuf heures. Dans l’enchevêtrement triangulaire inextricable de ruelles sinueuses du Marché Vernaison, les marchands se dépêchent de rejoindre leurs échoppes souvent encombrées. Il faut sans cesse, à l’intérieur, se frayer un passage, les débarrasser et les ranger : faire et défaire, c’est toujours travailler. Le stock se répand et s’expose sur les pavés de ces dix allées biscornues qui se coupent et se croisent, se contredisent et se tournent le dos.

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© Alen Méaulle

Vernaison a son quartier général, Chez Louisette, pour la pause apéro et l’accordéon du soir, mais la dernière guinguette de Paris a un peu sacrifié son âme à la renommée.
Le Marché est bordé par l’avenue Michelet, saturée de vendeurs de pulls, de baskets et de cuir flambant neuf. C’était déjà le cas à la fin du XIXe siècle : les baraques en bois des chiffonniers partageaient avec les forains et les guinguettes l’espace laissé libre par les maraîchers.

On trouve de tout, à Vernaison. C’est la brocante, le vide grenier, les boutiques hyper spécialisées, paradis des collectionneurs, s’adossent aux sympathiques capharnaüms.
Depuis trente ans, c’est le foutoir chez la jeune Madame Irma (stand 200, allée 9).
Assise sur le pas de sa porte, elle vend en papotant du linge ancien et de la dentelle de collection : réfléchir donne mal à la tête, affirme une pancarte qui s’accroche où elle peut.
Lili et Daniel (stand 6, allée 1) font dans la passementerie et les galons, on achète les perles multicolores au gobelet, les rubans au mètre et tous les accessoires de mode pour se parer de la tête aux pieds. En face, chez Art & Cristal, il y a au plafond tout plein de lustres éblouissants, sur le comptoir, des poires juteuses et des grappes de raisin.

Monsieur Hordé collectionne les tickets de train, de tram, de bus et de métro, anciens et insolites, tandis que son épouse vend des boîtes à sel et à allumettes, des séries de pots et de boîtes en bois, des tables à volets et des moulins à café muraux (stand 113, allée 6).
De la verdure, une musique un peu zen : un passionné de déco, aujourd’hui émerveillé par ses nouveaux candélabres, veut éveiller tous les sens de ses clients, les éléments de jardin et d’architecture sont mis en scène, éclairés, subtilement associés, joliment installés.
C’est la caverne d’Harry Potter, chez Ludovic Messager (stand 10, allée 1).

À mille lieues de là, on fait dans les sciences et techniques, la curiosité scientifique et les arts forains : un cercueil coudé construit pour enterrer un homme assis surplombe une évocation sanglante de la Bande à Bonnot, qui trouvait jadis sa place à côté de la femme à barbe et du nain sans tête.
Plus sérieusement, Monsieur Richard, scientifique littéraire (stand 107 bis, allée 3), expose un arithmomètre, la première machine à calculer, inventée par Thomas de Colmar, à comprendre les quatre opérations, un masque d’Ombrédanne, inhalateur d’éther de 1908, juste après le coup de marteau sur la tête dans l’histoire de l’anesthésie, des tas de microscopes et d’appareils photographiques.

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© Alen Méaulle

On sort de Vernaison un peu groggy, les yeux et la tête remplis d’images, pour entrer dans les Marchés couverts Dauphine et Malassis, plus sages, de construction récente et pas toujours heureuse : pour édifier Dauphine, son pratique parking et son inlavable verrière, on a détruit un dédale de petites rues aux cahutes délabrées. Malassis est occupé sur deux niveaux par des galeries de peinture, quelques brocanteurs et des antiquaires spécialisés.

Dauphine, qui a su devenir un haut lieu du Marché de l’Art tout en restant populaire, est célèbre pour son Carré des Libraires, qui rassemble, au premier étage, une vingtaine de bouquinistes, parmi les plus prestigieux de la capitale, comme Alain Rodelet (stand 197), au catalogue impressionnant d’autographes, papiers anciens et gravures.
Dans un autre genre, Nuits de satin (stands 254 à 284), pour s’encanailler, au milieu des corsets, guêpières et culottes, des bas, combinaisons et jupons, dans un siècle de mode et de lingerie fine (attention au chien, il a peur des photos).

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© Alen Méaulle

Dix heures. Dans la rue Jean-Henri Fabre, on avance difficilement, on sert contre soi son sac, à cause des pickpockets qu’on imagine assidus, pour se frayer un chemin entre les vendeurs de pralines ou de marrons chauds et les joueurs de boneto, qui arnaquent les touristes grâce à un complice qui, lui, gagne à tous les coups, mais il est bien le seul. On se demande en passant qui va acheter ces deux mille étuis à lunettes usagés, ces quatre cents téléphones écartelés, qui ont dû, plus souvent que moi, faire le 22 à Asnières, ou ce monceau de multiprises ?

On fait une pause chez Book 1, la librairie éclectique à des prix de braderie (58 rue Jean-Henri Fabre), avant de s’évader par la rue Jules Vallès, qui aligne surplus militaires et magasins de bédés ou de vieux vinyls.
On évite le Marché Malik, du nom d’un prince albanais qui aurait acheté un restaurant pour le transformer en marché couvert. On s’habillait de pied en cap pour quelques pièces dans cette ancienne halle des fripes, on s’y débarrassait de ses fringues, on pouvait même les échanger. Maintenant, c’est juste de la mode de jeunes, rutilantes baskets de qualité souvent discutable, contrefaçons, marques de rapeurs qu’on paye aussi cher qu’ailleurs, avec dans les oreilles une musique de dingue. Onze heures. Alors que les touristes tôt levés, épuisés, rêvent d’un bain de pieds, les premiers apéros s’alignent sur les comptoirs et devant les stands.

On repasse devant le Marché Paul Bert pour arriver, un peu plus loin, au Marché Biron.
Comme chez son voisin Cambo, au Marché Biron, on n’est pas toujours là pour rigoler : c’est un peu le gratin qui expose ici ses bronzes, ses lustres et ses tableaux, encadrés de respectables bois dorés.
On trouve surtout de l’Empire et du Napoléon III, un peu de Louis XIII et pas mal de Louis XV.
Déambuler dans les deux longues allées du Marché Biron, c’est se promener dans l’Histoire, pour rêver, mais rarement pour acheter, on s’y sent un peu comme au Louvre ou à Versailles, même si l’allée de gauche est plus populaire que celle de droite.
Tiens ? étonnant : de plus en plus de boutiques, ici et ailleurs, sont dédiées aux arts décoratifs du XXe siècle.
Justement, à quelques pas, rue Paul Bert, l’Art Déco et l’Art Nouveau ont leur propre Marché, le Marché des Rosiers, une douzaine de professionnels spécialisés dans les Lalique, Daum et Gallé, dans les Dunand, Majorelle et Mucha.

Aux Puces, le kitch n’est jamais bien loin du superbe, comme l’exotique de pacotille, en teck, en toc et en verre teinté de chez Honoré (42 rue Paul Bert), les têtes de sphinx en stuc plus ou moins oriental, ou l’improbablement africain de la rue Marceau.

Midi. Les marchands commencent à dresser un peu partout le couvert pour casser la croûte, ils s’apostrophent et se charrient dans les allées, mais répondent volontiers aux questions, la bouche pleine, le verre à la main. D’autres confient le stand à un voisin, le temps d’aller avaler un plat du jour au P’tit Landais ou des moules frites à La Chope des Puces. Le flot des visiteurs ne tarit pas. Les terrasses des restos sont bondées.

L’après-midi s’écoule paisiblement.
Les visiteurs se suivent et ne se ressemblent pas toujours.
Vers dix-huit heures, les Puces ferment leurs portes.
Jusqu’à demain, jusqu’à la semaine prochaine, il en sera probablement ainsi jusqu’à la nuit des temps …


Octopus Travel

Encadré historique.

Les Puces se développent progressivement à cause de l’épidémie de choléra de 1832 qui conduit les autorités à interdire les marchés dans la capitale. On confond souvent, c’est une erreur, Les Puces avec la fameuse Cour des Miracles qui, délaissée en 1656, s’étendait approximativement au cœur du deuxième arrondissement, entre les rues du Caire, des Petits Carreaux, de Saint Denis et de Saint-Sauveur. Le nouvel urbanisme de Paris, imposé entre 1853 et 1870 par le Baron Haussmann, oblige les chiffonniers à s’exiler en banlieue. Ils trouvent refuge dans les champs qui bordent les remparts, sur la route qui mène à Saint-Ouen.
Au-delà des « fortifs », voulues par Louis-Philippe en 1841, édifiées sur le futur tracé du périphérique, une enceinte de 40 kilomètres percée de 52 portes fermées le soir, il n’existe aucune taxe, c’est déjà une zone franche. Les Puces s’imposent définitivement comme un marché réputé après la Commune et le retour de la République. Les soldats chargés de la garde de Paris sont, avant les touristes japonais, des clients réguliers.
Ils veulent, à bon marché, améliorer leur quotidien et leur équipement. Ils descendent de Montmartre pour vendre des bouts d’uniforme, voir des armes, et gagner quelques sous : il n’est pas facile de vivre dans ce gai Paris, frivole et joyeux, avec une maigre solde ! La poubelle ne sera inventée par le Préfet éponyme qu’en 1884 : les chiffonniers font alors, la nuit, le travail des éboueurs. Ils récupèrent et ramènent leurs trouvailles aux pieds des remparts, qui seront détruits en 1920, juste au moment où Romain Vernaison construit, sur son vaste terrain de 9000 m2, des petites cabanes qu’il loue aux brocanteurs : c’est la naissance du premier marché officiel et sédentaire.

Trésors de Perse
Au fond de la galerie, la commode d’ébène attire le regard : le travail est admirable, en incrustations de nacre entourées de fil d’argent. La Perse, aujourd’hui, c’est l’Iran, mais son influence a jadis envahi la Méditerranée, comme en témoignent ces chaises arabo-andalouses aux formes sophistiquées, ces élégants fauteuils florentins, ou ces chaises vénitiennes, très inspirées par les ébénistes de la Syrie Ottomane : sur leur dossier, deux profils en ivoire et cuivre font aussitôt penser aux Doges de la Sérénissime.
Les couleurs, l’odeur, il faut fermer les yeux pour passer un instant dans les souks de Damas ou d’Amman, au milieu des kilims de soie tissée et des tapis noués, des châles en cachemire, des petits coffres et boîtes en argent, avec, tout à côté, de magnifiques moucharabieh du XIXe, finement ouvragés. Il ne manque que le thé, qui arrive justement. Marché Malassis, stand 41

Les verres de nos grand-mères
Verre à dents ou à vodka, Louis XV ou Baccarat, verres à vin teinté ou coloré, avec ou sans carafe, flûtes et coupes en cristal de Sèvres ou de Vannes, verre venu de Lorraine ou de Venise, verre Empire et verre limé, service entier Napoléon III ou esseulé bavarois dépareillé, vert coquin ou à copains, à liqueur ou exclusivement féminin, verre à thé : Stéphanie Collier est la Colombo du verre brisé. Ce qui n’est pas en boutique est en mémoire. Il vous manque un verre, vous en cherchez un, celui-là, pas un autre ? Je vous le dis : elle vous le trouvera.
Marché Biron, stand 3

Les petites autos de Daniel Tuffery
Vingt-cinq ans qu’il est là, au milieu de ses jouets, avec la barbe en pagaille. Il range ses petites voitures par couleur, parce que ça lui plaît de faire comme ça. Le sculpteur Arman lui en a acheté 250, des vertes, pour les transformer un embouteillage écologique. Son œil s’allume quand, au milieu des trains Märklin et des garages, il sort de sa vitrine une Panhard en bois sculpté, particulièrement bien proportionnée, immatriculée dans les Ardennes, avec, il n’en revient pas, une direction à crémaillère qui fonctionne pour de vrai !
Marché Jules Vallès, stand 102

Présents passés
Isabelle Maleval sauve les vieux outils d’une mort certaine, pour que survive notre patrimoine.
Des Compagnons viennent se fournir chez elle, pour perpétuer la tradition en travaillant comme avant, parce que, depuis, on n’a pas inventé beaucoup mieux.
Elle ne sait pas les utiliser, mais elle sait les raconter, parce qu’elle passe des heures à leur parler, à ses vieux outils, mais surtout à les écouter.
Marché Dauphine, RDC, stand 23

Carnet pratique

Le Marché aux Puces de Saint-Ouen est ouvert toute l’année le samedi, le dimanche et le lundi, de 10 heure à 18 heure, certains Marchés ouvrent dès 9 heure
Métro, Porte de Clignancourt (ligne 4) ou Garibaldi (ligne 13)
En voiture ou en bus (le PC, en attendant le tram), Porte de Clignancourt ou Porte Montmartre

Espace d’accueil et d’information, Office de Tourisme de Saint-Ouen, 7, impasse Saint-Simon (à l’entrée du Marché Paul Bert, au niveau du 140, rue des Rosiers), Saint-Ouen (93), 01.58.61.22.90

Association des Puces de Paris Saint-Ouen, 140, rue des Rosiers, Saint-Ouen (93), 01.40.12.32.58

Marché Vernaison, 99 rue des Rosiers, entrée également par l’avenue Michelet
Marché Malik, 53 rue Jules Vallès, à l’angle de la rue Jean-Henri Fabre, 01.40.11.93.84.
Marché Jules Vallès, 7, rue Jules Vallès, 01.40.11.54.41.
Marché Vallès Lécuyer, dit Le Passage, 27 rue Lécuyer, 01.40.11.15.53.
Marché Paul Bert, 18 rue Paul Bert, 96 rue des Rosiers, 01.40.11.54.14.
Marché Cambo, 75 rue des Rosiers, 01.40.11.17.54.
Marché Serpette, 96 Rue des Rosiers, 01.40.11.54.14.
Marché Malassis, 142 rue des Rosiers, 01.49.45.17.38.
Marché Antica, 95 rue des Rosiers
Marché Biron, 85 rue des Rosiers, 01.40.11.59.69.
Marché des Rosiers, 3 rue Paul Bert
L’Usine, rue Dain, est réservée aux professionnels patentés
L’entrepôt, 80 rue des Rosiers
Marché Dauphine, 140 & 134 rue des Rosiers, 01.40.12.14.68.

Où bien manger ?

Le P’tit Landais, 138 & 140 rue des Rosiers, 01.49.45.11.55. Sur le trottoir ou dans la petite salle bondée, valsent les terrines, les œufs mayo et les rillettes, suivis de boudins noirs et de tendres bavettes, heureux de s’allonger aux côtés de la purée maison de savoureuses Charlottes écrasées et touillées avec amour. On mange fort bien, en vitesse, dans l’esprit bistrot de Paris, entre marchands, commissionnaires et touristes (de 15 à 20 euros par personne, verre de vin compris).

Le Paul Bert, 20 rue Paul Bert, 01.40.11.90.28. Des salades débordantes qui, sûres d’elles, défient l’estomac d’un air goguenard, précèdent ou accompagnent une roborative gastronomie populaire de bistrot, poitrine de veau, petit salé et tripes, servie sur des nappes à carreaux par un serveur débordé et expéditif (de 15 à 20 euros par personne, verre de vin compris).

La Chope des Puces, 122 rue des Rosiers, 01.40.11.02.49. De la star au quidam, depuis soixante ans, on se rue chez Madame Jeanne et son fils Jacky, pour écouter, autour d’un demi, d’une moule frites, d’une entrecôte planche ou d’un plateau de 421, les concerts de Jazz manouche (Thomas Dutronc est un habitué). Deux chaises dans un coin, deux guitares, c’est la bande à Django qui met l’ambiance le samedi et le dimanche de 14 heure à 19 heure. On est un peu serré, ça tourne de midi à 15 heure 30, mais ça reste intime, familial (de 15 à 25 euros par personne, pendant le concert, au bar, le prix des consommations double).

Le Picolo, 58 rue Jules Vallès, 01.40.11.11.19. Petit bistrot et restauration rapide au cœur des Puces.

Le Marché Vernaison
Pour la pause apéro et l’accordéon du soir, le Marché Vernaison a son quartier général, Chez Louisette, la dernière guinguette de Paris, qui a un peu sacrifié son âme à la renommée. À Vernaison, les boutiques hyper spécialisées, paradis des collectionneurs, s’adossent aux sympathiques capharnaüms. Depuis 30 ans, c’est le foutoir chez la jeune Madame Irma (stand 200, allée 9). Assise sur le pas de sa porte, elle vend en papotant du linge ancien et de la dentelle de collection : réfléchir donne mal à la tête, affirme une pancarte qui s’accroche où elle peut. Lili et Daniel (stand 6, allée 1) font dans la passementerie et les galons, les perles multicolores vendues au gobelet, les rubans au mètre et tous les accessoires de mode pour se parer de la tête aux pieds. Monsieur Hordé collectionne les tickets de train, de tram, de bus et de métro, anciens et insolites, tandis que son épouse vend des boîtes à sel et à allumettes, des séries de pots et de boîtes en bois, des tables à volets et des moulins à café muraux (stand 113, allée 6). De la verdure, une musique un peu zen : un passionné de déco, aujourd’hui émerveillé par ses nouveaux candélabres, veut éveiller tous les sens de ses clients. Les éléments de jardin et d’architecture qu’il propose sont mis en scène, éclairés, subtilement associés, joliment installés : c’est la caverne d’Harry Potter, chez Ludovic Messager (stand 10, allée 1). À mille lieues de là, on fait dans les sciences et techniques, la curiosité scientifique et les arts forains : un cercueil coudé construit pour enterrer un homme assis surplombe une évocation sanglante de la Bande à Bonnot, qui trouvait jadis sa place à côté de la femme à barbe et du nain sans tête. Plus sérieusement, Monsieur Richard, scientifique littéraire (stand 107 bis, allée 3), expose un arithmomètre, la première machine à calculer, inventée par Thomas de Colmar, à comprendre les quatre opérations, un masque d’Ombrédanne, inhalateur d’éther de 1908, juste après le coup de marteau sur la tête dans l’histoire de l’anesthésie, des tas de microscopes et d’appareils photographiques …

Chez Louisette, dans le Marché Vernaison, 136 avenue Michelet, 01.40.12.10.14. On va y boire un verre pour l’ambiance, la musique, l’accordéon et la chanteuse, sortie tout droit de La Chance aux Chansons, on reste pour le total dépaysement, mais on évite d’y manger, sauf si on est un touriste japonais.

retrouvez aussi mon article LES CHIENS DES PUCES DE MADAME MAX publié dans 30 Millions d’amis en 2004

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Une réponse à “escale aux Puces de Paris-Saint-Ouen”

  1. Amélie Textiles dit :

    J’espère qu’un jour vous trouverez l’occasion de visiter les Puces de Vanves, bien plus petit que « notre immense confrère » mais très convivial avec ses 350 marchands aux stands éphémères sous les arbres.
    A bientôt ?

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